vendredi 17 mars 2017

Appelez la sage-femme - Jennifer Worth


J'ai découvert Call the midwife (le titre en VO) par l'intermédiaire de la série TV qui en est l'adaptation. C'est une série anglaise très populaire de l'autre côté de la Manche, qui compte déjà 6 saisons. Je reparlerai de cette série tout à l'heure, mais je vais déjà vous présenter le livre.

L'autrice, Jennifer Worth, est décédée il y a seulement quelques années. Elle avait écrit ses mémoires au début des années 2000 sur son apprentissage du métier de sage-femme au sein du couvent de Nonnatus House.
Elle n'a qu'une vingtaine d'années dans les années 50, lorsqu'elle s'installe dans ce couvent. Elle-même n'est pas religieuse, mais ce sont les soeurs qui vont achever sa formation et qui s'occupent du suivi des grossesses et des accouchements.
Elles interviennent dans l'East End de Londres, un quartier très pauvre où vivent les dockers avec leurs familles.

Ce livre est passionnant, cela se lit comme un roman, on y apprend énormément sur les conditions de vie dans ce quartier à cette époque, le métier de sage-femme et l'évolution de la médecine et de l'obstétrique...
Les conditions de vie des habitants de ce quartier et le manque d'hygiène apparaissent assez effrayants. Des familles avec 10 enfants et plus peuvent vivre dans une ou deux pièces sans salle de bain avec WC commun sans que personne ne trouve cela anormal. Quand je pense que nous allons déménager parce qu'on se sent à l'étroit à 4 dans nos 100m2, j'ai presque honte

La partie la plus intéressante est bien de comprendre comment est né le métier de sage-femme, comment il s'est professionnalisé. Jusqu'à une époque pas si lointaine il n'y avait aucun suivi médical de grossesse et bien sur en cas d'accouchement problématique les chances de survie de la femme et de l'enfant était souvent faible. Les taux de mortalité annoncés font froid dans le dos. Dans les années 50, les choses ont déjà évoluées et cela s'améliore, mais c'est obtenu de haute lutte car les médecins hommes ont longtemps rejeté cette profession la jugeant inutile, quelle aberration !
Les premières sages-femmes ont dû mener une vraie lutte pour faire reconnaitre la nécessité d'un suivi médical des femmes enceintes.
C'est étonnant de le constater, sachant qu'aujourd'hui nous sommes tombé dans l'excès inverse où la grossesse est surmédicalisée. Je suis éminemment reconnaissante de toutes ces avancées qui m'ont permis de mettre au monde 2 enfants dans de bonnes conditions, rassurée d'être entre de bonnes mains, mais de nos jours, le suivi de grossesse peut être vraiment stressant et culpabilisant.
Mais je m'écarte du sujet, revenons à ce livre qui m'a vraiment remuée : Finalement l'autrice nous parle assez peu de sa vie personnelle, son métier prend le pas sur tout, c'est une véritable passion, on apprendra juste qu'à l'origine de tout cela, il y a son amour pour un homme inaccessible qu'elle a fuit (un homme marié ?). De même malgré quelques petites histoires autour de soeur Monica Joane, soeur à la retraite et perdant légèrement l'esprit, et quelques escapades avec un groupe d'amis, on n'en saura guère plus sur sa vie, les différents protagonistes n'étant qu'esquissés. Cette partie est bien plus développée dans la série, j'y reviendrai.

Le récit se concentre donc sur les familles, sur ces femmes dans ce moment si particulier qu'est l'accouchement. Le côté humain prime et est tellement bien décrit, vivant, touchant et authentique. Des histoires tragiques, des bébés qu'on arrache à leur mère parce qu'elles sont trop jeunes ou trop pauvres ou que leur bébé est noir (suite a une infidélité), des maris violents, des enfants en pagaille parce que pas de contraception, mais également des histoires belles et touchantes comme cette famille qui attend son 24e, puis 25e enfant (!!) avec toujours le même amour...

Le livre contient une préface signée d'Agnès Ledig, je n'ai encore jamais lu de ses romans, mais j'entends régulièrement parler d'elle. Son dernier livre, De tes nouvelles, est sorti il y a peu. J'ai donc ainsi découvert que Agnès Ledig était elle-même sage-femme.

Au final, j'ai énormément apprécié la lecture de ce livre qui est un coup de coeur. On y apprend énormément, les histoires sont fortes, et touchantes, c'est vraiment passionnant et en même temps, il faut parfois serrer les dents, certaines choses m'ont vraiment remuée et je me suis sentie vraiment reconnaissante des progrès de la médecine et des techniques d'accouchement qui font qu'à mon époque je peux l'envisager sans craindre pour ma vie et celle de mon bébé.

Je recommande chaudement ce livre, si vous êtes maman, peut être un peu moins si vous ne l’êtes pas encore. J'avoue que je n'aurais pas aimé moi-même lire ce livre avant d'avoir mes enfants, cela m'aurait probablement fait frémir plus que de raison. Mais c'est bien sur une question de sensibilité.

Il existe une suite en VO, mais malheureusement je n'ai pas l'impression qu'une traduction soit prévue et c'est plus que dommage.

A présent quelques mots sur la série, j'en suis à la saison 3 et je l'aime énormément, on y retrouve les histoires touchantes de ces familles à chaque fois autour d'une grossesse, je trouve que c'est un très bon complément du livre car les personnages de l'autrice, des autres sage-femme et des soeurs de Nonatus House sont bien plus développés et mis en avant, avec sensibilité, humanité et humour. Un petit monde que j'adore suivre au fil des épisodes.
La série est disponible sur Netflix et toujours en cours de diffusion en Angleterre où une 7e saison est prévue.

ce livre était dans ma wish list et je l'ai offert à un chocolatdansmonroman lors d'un swap. Je lui ai ensuite proposé d'en faire une lecture commune dans le cadre du challenge des 12 thèmes pour le mois de mars. Le thème étant un livre se déroulant en Angleterre, c'était une belle occasion, surtout que sans ça je ne me serais peut être pas décidée à le lire de si tôt.
Cette lecture compte également pour mon challenge ABC.

Petit aparté qui n'a rien à voir, c'est le premier billet ou vous me verrez écrire le mot autrice, avant cela j'écrivais soit auteur ou auteure, sans me poser plus de questions et puis j'ai eu récemment envie de savoir exactement ce qu'il en était.
J'ai ainsi appris que le terme officielle en France est autrice, même s'il est peu utilisé. Comme c'était récemment la journée des droits de la femme, j'ai lu plusieurs choses sur internet, notamment cet article très intéressant et j'ai donc décidé d'utiliser dorénavant ce mot, même si je vous avoue que je ne l'aime pas trop à l'oreille.


4 commentaires:

  1. Étant légèrement concernée par le sujet, ta chronique me donne envie de découvrir ce roman. J'ai vu la première saison de la série qui m'avait bien plu, le métier de sage-femme n'y étant pas caricaturé. Je suis curieuse de découvrir les luttes de mes lointaines collègue pour affirmer leur savoir faireet qui ont fait de notre profession ce qu'elle est aujourd'hui. Allez hop! Wish list !

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  2. Contente de voir que cette lecture t'a convaincue ! J'ai lu ce livre en 2014 et j'ai beaucoup aimé ! Quel témoignage formidable...

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  3. Je suis curieuse de découvrir la série, j'en ai offert une saison à ma belle-soeur qui est sage-femme ^^ Mais j'avoue, le livre, j'ai un peu "la flemme", j'en ai tellement d'autres à lire ^^

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  4. J'entends beaucoup de bien du livre et de la série mais j'ai peur que le sujet soit trop difficile pour moi. Je suis un peu trop émotive (encore plus depuis que je suis maman !) pour lire des passages tragiques....

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